L’installation murale “Conjurer le sort” rassemble des dessins au fils et des céramiques émaillées. Elle évoque la prise en charge des troubles psychiques (ou des comportements jugés comme déviants) des femmes aux XIXe et XXe siècles - en particulier de l’hystérie. On retrouve ainsi, parmi ces des dessins brodés, des références aux techniques et aux instruments alors utilisés pour les soins comme “la ceinture de compressive des ovaires”, des références à l’hypnose, à la lobotomie ou aux électrochocs. Dans les dessins brodés “Palabre” et “Incantation”, des sons semblent sortir des bouches, mais ceux-ci ne forment aucun mot. Ils apparaissent comme des fluides en référence à la non prise en considération des paroles des patients.
Pour autant, comme le titre de cette installation le donne à entendre, mon objectif n’était pas, ici, d'enfermer ces femmes dans une posture de victime. Au contraire, l’hystérie (et par extension les comportements des femmes jugés comme déviants), dans une relecture féministe, peut être comprise comme un symptôme de l'oppression patriarcale et à travers ses manifestations somatiques, une manière de se reconstruire et de le combattre. J’ai essayé de souligner ce dernier point par le recours à une imagerie parfois plus poétique, à des symboles renvoyant à la figure de la sorcière (les yeux de sorcières), ou encore en me référant à Baubo, déesse mythologique assez délurée qui préfigure le rapprochement qui sera fait, par la suite pour les hystériques, entre le cerveau et l’utérus). On découvre aussi la présence de bras et de jambes (confectionnées à partir des photographies de l’Iconographie photographique de la Salpêtrière) rappelant les ex-voto, ces offrandes faites aux dieux pour obtenir une grâce.
Ces différents éléments dessinent le contour d’un univers où s’infiltrent le surnaturel et le sacré. Il est, d’ailleurs, fascinant de constater que cette supposée affection a toujours résisté aux observations et aux conclusions des médecins, profession historiquement réservée aux hommes. Le concept d'hystérie a d’ailleurs disparu en 1980 du “Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux” (DSM)