Le tissage Jacquard de cette œuvre représente une reproduction en noir et blanc du tableau la "Vénus à son miroir" de Diego Vélasquez qui fut exécuté entre 1647 et 1651. Cette peinture représente la déesse Vénus de dos, dans une pose lascive, allongée sur un lit et se regardant dans un miroir tenu par son fils Cupidon. La reproduction en tissage Jacquard est lacérée à sept reprises et des fils de couleur renvoyant à la chair et au sang s’échappent de ces entailles jusqu’au sol de l’espace d’exposition. À côté du tableau tissé, une petite hache - une feuille de boucher - reproduite en céramique, est installée sur un socle, semblant à disposition du spectateur.
Cette œuvre se réfère à l’histoire tumultueuse de l'œuvre de Vélasquez qui fut dégradée par la suffragette Mary Richardson le 10 mars 1914 à la National Gallery. Son action aurait été motivée par l'arrestation, la veille, de la suffragette Emmeline Pankhurst. Mary Richardson expliquera plus tard : « J'ai essayé de détruire l'image de la plus belle femme de la mythologie pour protester contre le gouvernement qui détruit Mrs Pankhurst, qui est le plus beau personnage de l'Histoire moderne. » Les suffragettes britanniques menées par Emmeline Pankhurst tentaient alors, depuis plusieurs décennies, d’acquérir le droit de vote des femmes avec des actions fondées sur la provocation. Si elles ont opté pour ce mode d’action, c’est car leur combat était accueilli au mieux par de l’indifférence et du mépris et, au pire, par des répressions violentes lors des manifestations qui étaient à l’origine conventionnelles et pacifiques. Mary Richardson fut condamnée à six mois de prison, le maximum prévu pour la destruction d'une œuvre d'art. En 1918, les femmes britanniques obtinrent le droit de vote à partir de 30 ans. L’égalité ne fut établie que 10 ans plus tard, où elles furent autorisées à voter, dès 21 ans, en 1928.
Il existe une photo de "Vénus à son miroir" tailladée, cependant, la National Gallery, propriétaire de ce cliché, a refusé les droits de reproduction. On peut cependant retrouver des reproductions sur Internet de la photographie interdite, mais uniquement en noir et blanc tout comme la reproduction du tableau en tissage Jacquard.
Cette œuvre de Vélasquez m’intéressait aussi, car elle s’inscrit dans la catégorie des représentations de Vénus et des nus, nus qui furent quasi exclusivement féminins depuis le XVIIe et qui sont représentatifs de la culture patriarcale de la société occidentale. Il s’agit, cependant, du seul nu féminin de Vélasquez qui nous est parvenu à cause de l'influence très active de l'Inquisition en Espagne à cette époque.