Bleu Nuit - Triptyque, 2025

Le spectacle de l'hystérie
broderie et tissus cousus, 130 x 97 cm

Encore un pas et puis le ciel
broderie, tissus cousus et médailles religieuses, 200 x 150 cm

Le théâtre en flammes
broderie et fils libres, 130 x 97 cm

“Bleu nuit” est un triptyque qui présente deux volets latéraux (“Le spectacle de l’hystérie” et “Le théâtre en flammes”) en format portrait et un volet central en format paysage (“Encore un pas et puis le ciel”). Dans ce triptyque, j’évoque la question du spectacle inhérente à l’approche de l’hystérie à l’époque de Charcot, l’effacement des femmes et enfin cette forme de résistance qu’elles pouvaient incarner.

Dans le premier volet “Le spectacle de l’hystérie”, j’ai reproduit partiellement en broderie une photographie d’Augustine (Hystéro-Épilepsie - Contracture) issue de “l’Iconographie Photographique de la Salpêtrière” élaborée sous la direction du professeur Jean-Martin Charcot. Ces documents constituent une des premières archives photographiques dans le champ de la psychiatrie clinique. Tout ce qui était à la marge, tout ce qui ne rentrait pas dans la logique rationnelle de la conception de l'époque - et donc principalement les femmes hystériques - était systématiquement photographié, mesuré, documenté, classé. Cette photographie d’Augustine a retenu mon attention puisqu’au-delà de la capture de son symptôme, elle semble adopter une pause suggérant la séduction telle une starlette de cinéma. Ce cliché illustre donc particulièrement cette notion de spectacle et la complicité qui s’établissait entre les patientes et les photographes comme l’a mis en évidence le philosophe et historien de l’art Georges Didi-Huberman dans son ouvrage “Invention de l’hystérie”. Les deux citations brodées autour de ce volet sont d’ailleurs empruntées à cet ouvrage : “L’image photographique a valeur d’indice, au sens d’une pièce à conviction ; du mal elle désigne le coupable, elle préjuge de son arrestation” (citation horizontale), “Et elle restera captive d’une situation, le spectacle (...) où elle croit pouvoir, par chorégraphie des convulsions, des “attitudes passionnelles”, s’incorporer tous les regards, toutes les “libido spectandi” possibles et inimaginables” (citation verticale). Afin de souligner cette notion de spectacle, de multiples yeux cousus entourent Augustine sur ta toile brodée.

Dans le second volet intitulé “Encore un pas et puis le ciel” qui représente une femme dans une posture d’arc hystérique (considérée alors comme l’acmé de la crise), j’ai souhaité évoquer la question de l’effacement des femmes, ce qui peut paraître paradoxal tant elles semblaient mises en valeur à travers les photographies ou encore les séances publiques organisées à la Salpêtrière sous la direction du professeur Charcot. Cet effacement provenait, en effet, de la non prise en compte de leur parole comme cela est évoqué dans la série “Augustine”. Cependant, en recourant à une image féminine contemporaine et en citant des extraits de la Bible (“Et l’homme dit : Cette fois, celle-ci est os de mes os et chair de ma chair ; celle-ci sera appelée femme (Isha), parce qu’elle a été prise de l’homme (Ish).” ) ou encore d’une sentence d’un ancien couvent des carmélites (“Encore un pas et puis le ciel”, cf. musée d’Art et d’Histoire Paul Éluard de Saint-Denis), je recontextualise cet effacement dans une histoire beaucoup plus vaste, celle du patriarcat en Occident. Une généalogie peut, en effet, se lire entre la figure d’Eve, celle de la sorcière, les cas de possession dans les couvents (souvent provoqués par des agressions sexuelles dues aux confesseurs), les femmes dites “hystériques” à la Salpêtrière et le discrédit toujours récurrent de la parole des femmes à notre époque contemporaine. Comme l’écrit Hélène Frappat dans “Le Gaslighting ou l'art de faire taire les femmes”, citation centrale de ce volet : “L’hystérie, souvent traduire en termes de vapeurs, est l’une des étapes de l’évaporation de la femme.”

Enfin le troisième volet “Le théâtre en flammes” évoque la capacité de résistance de ces femmes. Celles-ci ne sont plus ici l’objet du regard. La toile, le théâtre et le jeu de dupes prennent feu. La première citation brodée (horizontale) reprend des paroles d’Augustine : “Tu m’as dit que tu me guérirais, tu m’avais dit que tu me ferais autre chose”. Ce message plein de reproches dépeints des espoirs brisés et une colère éprouvée. La seconde citation (verticale) est de nouveau empruntée à Georges Didi-Huberman dans “Invention de l’hystérie”: “Augustine fit l’épreuve de cette détresse scénique le jour où elle reconnut, parmi les spectateurs de la leçon clinique, le violeur en personne, qui venait là reluquer ce qu’il dut bien considérer, un moment, comme “son œuvre” à lui.” Augustine finit par s'évader de l'hôpital en 1880 habillée en homme.

Bleu Nuit
Bleu Nuit, 2026 triptyque, broderie et tissus cousus, 130 x 97 cm + 200 x 150 cm + 130 x 97 cm, vue de l'exposition "Conjurer le sort" à la galerie associative de Beauvais en 2026.
Bleu Nuit
Bleu Nuit, 2026 triptyque, broderie et tissus cousus, 130 x 97 cm + 200 x 150 cm + 130 x 97 cm, vue de l'exposition "Conjurer le sort" à la galerie associative de Beauvais en 2026.
Bleu Nuit
Bleu Nuit, 2026 triptyque, broderie et tissus cousus, 130 x 97 cm + 200 x 150 cm + 130 x 97 cm, vue de l'exposition "Conjurer le sort" à la galerie associative de Beauvais en 2026.
Bleu Nuit
Le spectacle de l'hystérie, 2026, triptyque "Bleu Nuit", broderie et tissus cousus, 130 x 97 cm, vue de l'exposition "Conjurer le sort" à la galerie associative de Beauvais en 2026.
Bleu Nuit
Le spectacle de l'hystérie, 2026, triptyque "Bleu Nuit", détails, broderie et tissus cousus, 130 x 97 cm.
Bleu Nuit
Encore un pas et puis le ciel, 2026, triptyque "Bleu Nuit", broderie, tissus cousus et médailles religieuses, 200 x 150 cm, vue de l'exposition "Conjurer le sort" à la galerie associative de Beauvais en 2026.
Bleu Nuit
Encore un pas et puis le ciel, 2026, triptyque "Bleu Nuit", détails, broderie, tissus cousus et médailles religieuses, 200 x 150 cm.
Bleu Nuit
Le théâtre en flammes, 2026, triptyque "Bleu Nuit", broderie et fils libres, 130 x 97 cm, vue de l'exposition "Conjurer le sort" à la galerie associative de Beauvais en 2026.
Bleu Nuit
Le théâtre en flammes, 2026, triptyque "Bleu Nuit", détails, broderie et fils libres, 130 x 97 cm.